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L'unité à gauche est nécessaire, nous sommes tous d'accord.

Mais alors, VRAIMENT à gauche !

Choisis ton camp, camarade !

Contre le culte de la Vierge Marine

« Progression exceptionnelle », « montée en puissance », « gauche laminée », les médias n’ont pas de mots assez forts pour manifester – à longueur de colonnes et de JT qui, bientôt, ne se cacheront même plus d’être des spots de propagande lepéniste – leur joie devant l’extrême-droitisation de la société. Mais les citoyens sont-ils à ce point décérébrés ?

Il n’y a pas eu de dynamique FN particulièrement forte à Brignoles. La plupart des médias se sont allégrement paluchés sur le pourcentage de 40% obtenu par le FN, en passant rapidement sur la réalité du nombre de voix : 2718 très précisément, soit… 39 voix de moins qu’en 2011, où le FN avait obtenu 2757 voix. Ceci aux même élections, les cantonales. Certes, les journaleux peuvent se réjouir de l’existence d’une seconde liste d’extrême droite cette année, ce qui porte à 49% le total des voix fascisantes dans la riante ville de Brignoles. Mais de là à crier au plébiscite pour l’entreprise familiale FN…

Qui en effet peut oser parler de plébiscite quand c’est, concrètement, implacablement, indéniablement, l’abstention qui décroche la palme de la plus extraordinaire dynamique ? 66,65% en 2013, contre 56,86% en 2011. Ce qui signifie que, cette année, sur 20 728 inscrits sur les listes électorales, 13 815 se sont abstenus. De quoi relativiser davantage encore le score du FN. Mais cela, ne le répétons pas trop à la télé, ça pourrait faire tache sur le bleu Marine.

Il ne s’agit évidemment pas ici de fêter une pareille abstention, ni de minorer l’implantation du FN dans le Sud-Est. Je ne reviens pas non plus sur le caractère illisible de la campagne « de gauche » à Brignoles – voir cette excellente analyse. Une situation locale qui vient rappeler que la gauche authentique doit faire montre d’une véritable autonomie conquérante, à l’échelle nationale, pour constituer une alternative crédible aux dérives droitières du PS. Une radicalité concrète découle d’un tempérament conquérant, pas de petits pas de danse doucereux qui finissent toujours par miner les grandes idées. Comme le souligne Marie-George Buffet :

« Face au danger, l’heure est moins à l’appel au front républicain sans contenu qu’à une mobilisation sans précédent sur les contenus d’une politique de gauche redonnant sens et efficacité à la politique dans la vie quotidienne de nos compatriotes. Voilà, pour moi, c’était cela la raison d’être du Front de Gauche, qu’est-il devenu ? »

Contre la schizophrénie solférinienne

L’extrême droitisation de la société est un fait avéré. La côte de popularité tenace d’une Marion Anne Perrine Le Pen n’en constitue pas la seule preuve : elle se nourrit des médias de masse qui consacrent la majeure partie de leur temps aux faits divers, traités à l’américaine, et elle a pour conséquence l’augmentation des actes racistes et homophobes en France en 2012. Il n’y a pas de fumée sans feu, et toute l’Europe est en train de s’embraser sous les assauts de la droite extrême.

Quel parti politique peut se targuer d’avoir des électeurs qui menacent de viol, de déportation et de mort des femmes de gauche ?

Quel parti politique peut se targuer de présenter une candidate qui danse des valses à Vienne avec des néo-nazis ?

Quel parti politique peut se targuer d’arborer pour bannière le même logo que celui d’un parti fasciste italien ?

Quel parti politique peut se targuer de présenter une candidate qui insulte des policiers et traite les maghrébins de « bougnoules » (selon une source policière), diffuse des tracts anonymes et déjeune avec le patron d’un groupe de skinheads lié à l’affaire Clément Méric ?

Quel parti politique peut se targuer de transmettre le pouvoir de manière héréditaire ?

Quel parti politique peut se targuer d’avoir pour supporters des nostalgiques de la colonisation et du nazisme, des faux patriotes qui veulent effacer la Révolution française de l’Histoire, et des homophobes bouffis d’orgueil et accessoirement exilés fiscaux ?

Quel parti politique peut se targuer de porter plainte contre tous ceux qui tiennent un discours argumenté et critique à son égard ?

Voir ici et vidéo ci-dessous :

Quel parti politique peut se targuer d’avoir, malgré toute la haine qu’il transpire, malgré toutes les outrances énumérées, une aussi large et complaisante couverture médiatique ?

Tout le pays se retrouve coincé entre l’absence d’audace politique et la menace fasciste. L’austérité est la meilleure alliée de l’extrême droite, et inversement. On voit avec Aube Dorée où cela a mené la Grèce… Dans ce contexte, il est urgent d’agir, mais certainement pas à la manière du PS. Qui peut croire en effet, hormis les médias lobotomisés, que Manuel Valls mène une franche bataille contre le FN ? Qui peut sérieusement penser que ce Sarkozy bis peut se dresser en rempart contre l’extrême droite, alors qu’il cherche seulement à s’en accaparer les voix en tenant exactement le même langage ? Comment peut-on prétendre lutter aujourd’hui contre quelque chose que l’on a légitimé hier ?

Edwy Plenel (Médiapart) l’affirmait le 7 octobre : « La gauche perdue à Brignoles. Logique quand le pouvoir ne parle pas à ceux qui l'ont élu et, surtout, les démobilise. »

Corollaire : comment peut-on se mobiliser un jour contre la réforme des retraites et signer le lendemain des accords d’arrière-boutique avec un PS qui est l’instigateur de la casse sociale austéritaire ? Comment peut-on participer à cette équation infernale tout en prétendant combattre le FN ? Les quelques personnalités qui, au Front de Gauche, ont fait le pari aveugle du double-jeu ne méritent pas de se réclamer du combat anti-austérité et anti-fasciste. L’extrême droite et les politiques d’austérité étant intimement liées, il est effroyablement, désespérément absurde de combattre le fascisme tout en flirtant avec les tenants de l’obscurantisme financier.

Pour un avenir en rouge et vert plutôt qu’en noir et blanc

« Pas de muselière » et « On lâche rien » ne sont pas que des slogans.

Ne rien lâcher, d’accord ; il s’agit aussi de passer à l’offensive en menant de vastes campagnes argumentatives sur le terrain, et en adoptant parallèlement une ligne de conduite rationnelle au « sommet ». Jean-Luc Mélenchon écrit dans son dernier billet de blog :« Le Front de Gauche doit assumer la confrontation. Pour cela, il doit incarner ce qu’il est et en avoir le courage. »

Le courage d’être anti-austéritaire et anti-fasciste passe par des propositions claires, sans ambiguïté, tranchantes s’il le faut. Dans les candidatures comme dans les actes. Cela est valable pour toutes les organisations du Front de Gauche ; mais aussi, plus largement, pour les écologistes et socialistes authentiquement de gauche, qui ne peuvent supporter logiquement la schizophrénie droitière du gouvernement.

Les médias et la Sainte vierge Marine sont, pour paraphraser Marx, l’opium du peuple ; on ne vaincra pas le poison de la connivence béate sans faire appel à des espérances concrètes.

Relance de l’activité, écosocialisme, limitation des hauts revenus insolents, répartition du travail et des richesses, traque de la finance apatride… sont, davantage que des notions illustres, des projets carrés et rassembleurs qui ne sauraient s’embarrasser de tiédeur.

Le présent est sombre, il nous appartient de clarifier l’avenir. Point barre.

Choisis ton camp, camarade !
Tag(s) : #Front de Gauche, #Parti Solférinien, #FN