Voilà qui ne passionnera guère les foules, mais il faut croire que j’ai atteint ma 28ème année entier. Je n’étais pas assez génial pour subir la malédiction (!), je ne serai jamais Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison,… Robert Johnson.
Robert Johnson (1911-1938) est un mythe « fondateur » de la musique blues et rock’n roll, au détriment peut-être, pour la postérité, de certaines autres grandes âmes qu’il fréquenta de près ou de loin (Tommy Johnson, Charley Patton, Son House…). Mais les passionnés connaissent heureusement sur le bout des doigts la généalogie de ce monde rural « ségrégationné » qui jaillit hors de la marginalité pour mettre le feu à l’histoire de la musique.
Miséreux, descendants d'esclaves, magiciens et bohèmes, ivrognes, culs-terreux, ils ont juste changé une face du monde.
Robert, le « roi du Delta », est considéré comme un des piliers de la musique populaire afro-américaine, bien qu'une flopée de génies habite ce côté-ci du Mississippi. Le Delta Blues, un genre hypnotique, archi-rêche, souvent très sombre mais non dénué d’humour acide, et tellement élégant et actuel.
C'était un type un peu bizarre, il racontait à qui voulait l'entendre que le Diable en personne lui avait fait don de son talent un soir, en rase campagne (la fameuse Croisée des Chemins, histoire piquée à son aïeul Tommy Johnson, l'auteur de Canned Heat Blues, qui donna son nom à un célèbre groupe de rock psychédélique, suivez bon sang !). Mais à côté de ça, c'était un gars bien sous tous rapports : mort probablement empoisonné par un mari jaloux, il est enterré dans au moins deux tombes différentes.
En deux sessions (1936 et 1937) d’enregistrement (29 titres connus), le vagabond magnifique grava des chefs d’œuvre définitifs mille fois repris par des générations de zicos. Tous ces chefs d’œuvre n’étaient pas forcément le fruit de sa seule imagination : le blues est une affaire de tradition et de transmission orale de la culture populaire, et la plupart des hits connus de nos jours n’appartiennent à personne.
Écoutez ci-dessous If I had possession over judgement day, enregistrée en 1936 et inspirée par le Minglewood Blues des Cannon’s Jug Stompers (1927). Ce titre a été adapté des millions de fois sous le nom de Rollin' and tumblin', notamment par Muddy Waters (1950) et plus récemment Bob Dylan (2006).
If I had possession over judgment day, 1936
Santé !
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