L’Assemblée générale des clubs de football professionnels a décidé, tout le monde le sait, d’une « journée blanche » prévue pour le dernier week-end de novembre, afin de protester contre la taxe à 75%. Une « journée blanche » ? Au risque de choquer, je clame ici haut et fort que c’est une excellente idée. Il faut d’ailleurs aller plus loin. J’appelle ainsi les professionnels du ballon rond à une grève illimitée, et je vais tâcher d’expliquer pourquoi.
Ne tortillons pas, nos amis footeux sont des salauds doublés de petits joueurs. La notion de « journée blanche » vient ainsi remplacer dans les discours le terme de « grève », substitut rhétorique fort commode puisque 86% des français sondés se déclarent opposés à une « grève » footballistique. Une petite astuce de langage qui en dit long sur l’honnêteté des clubs.
Mais surtout, les clubs de foot professionnels, qui sont avant tout des entreprises, entendent faire connaître leur volonté de ne pas participer à l’effort public. La solidarité nationale, chez les footeux, on ne sait pas ce que ça veut dire ! Les clubs de foot ne sont pas des entreprises comme les autres, puisqu’il n’est pas rare que leurs salariés gagnent plus d’1 million d’euros par an ; ils n’en ouvrent pas moins une brèche dans laquelle pourront s’engouffrer d’autres entreprises pour faire reculer le gouvernement, qui, justement, ne s’y connaît que trop bien en matière de reculades…
Alors que les droits TV rapportent annuellement plus de 600 millions d’euros à la Ligue et que les stades bénéficient de subventions publiques indécentes (la ville de Marseille doit s’acquitter de 23,5 millions d’euros par an pendant 31 ans pour le stade Vélodrome, par exemple), nos amis footeux ne souhaitent pas voir leurs ineffables privilèges taxés. Ces clubs qui sont prêts à débourser des sommes colossales pour s’échanger quelques kilos de viande humaine complaisante occupent les unes pour nous dire la bouche en cœur : « La crise, c’est pour les autres ! » Les autres, à savoir le contribuable lambda qui tient à son pain et ses jeux.
Parlons-en, de ce contribuable lambda. Il est certes majoritairement opposé à la grève des riches. On aimerait le voir tout aussi fermement opposé à la réforme des retraites en cours. De même – et ceci n’engage que moi –, je n’ai jamais compris que des dizaines de milliers de supporters hystériques envahissent les places publiques suite à la victoire de telle ou telle équipe de nantis qui leur pissent à la raie, quand il est si difficile de mobiliser des foules moindres sur des urgences sociales... Servitude volontaire ?
Je ne résiste au passage pas à l’envie de citer ces quelques excellentes lignes du livre de Jean-Luc Mélenchon « Qu’ils s’en aillent tous » (Flammarion, 2010) à propos de nos intouchables dieux du stade :
« Chanteurs, sportifs, marioles de la téléréalité, gagnants du Loto dispensent les fumées de l’opium du peuple. À présent, ils assument publiquement la culture d’irresponsabilité sociale. "J’aimerais bien vivre en France, déclare le footballeur Nicolas Anelka en décembre 2009 au journal 20 Minutes, mais ce n’est pas possible. On sait pourquoi : la fiscalité. En France, il y a un problème avec l’argent, déclare cet ingrat. Je ne peux pas jouer au foot et payer 50% de ce que je gagne. La France est un pays hypocrite." Mais qui est cet Anelka ? Quelqu’un qui doit tout aux impôts et cotisations de ses concitoyens. Formé aux frais du contribuable par l’Institut national du foot, il doit sa carrière aux cotisants de la Sécu ! Sa précieuse aptitude à courir derrière un ballon a en effet été sauvée par la coûteuse réparation de ses graves blessures aux genoux payée par la Sécurité sociale. Notons que ces sportifs sont les plus gros consommateurs de soins médicaux proportionnellement au reste des actifs. »
La suite est à l’avenant. Pendant que les lepénistes préfèrent s'offusquer de la présence de joueurs pas assez pâles dans l'équipe nationale, ou d'une Marseillaise chantée faux, d'autres s'intéressent aux vraies questions sensibles.
Pour autant, sachez qu’en définitive je soutiens à 100% la « journée blanche » des footeux. Oui, je trouve que c’est une excellente idée ! Non pas politiquement, mais humainement. Merci, riches pratiquants du ballon rond, de m’épargner pendant au moins une soirée les hurlements animaux de mon voisin du dessus devant sa télévision, qui me tient au fait de tous les buts du Qatar-PSG chaque dimanche.
Néanmoins, vous n’allez pas assez loin. Ne vous cachez pas de vouloir faire grève, et engagez-vous je vous prie dans un arrêt de travail illimité ! Si la taxe à 75% vous agace, apprenez que lorsque le Front de Gauche sera au pouvoir, « au-delà de 360 000 euros annuels, on prend tout ! ». Préparez-vous et installez d’ores et déjà le piquet de grève au Stade de France. Voire mieux : allez vous-en. Barrez-vous. Je ne sais pas, moi, allez aider les esclaves népalais en train de mourir sur les chantiers de la Coupe du Monde 2022 au Qatar. Mais dégagez.
Je n’aurai ainsi plus jamais à endurer les bruyantes névroses de mon voisin du dessus, et les contribuables seront enfin débarrassés de l’argent roi tout puissant, qui pervertit jusqu’aux passions. Et ce sera une belle œuvre de salubrité publique.
Vive la grève !
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