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La grande bourgeoisie contemporaine, souvent éminemment cultivée, est toujours prompte à encenser hypocritement des vertus telles que la tolérance envers les cultures dites "exotiques". Oui, "tolérance", un peu comme quand on visite une réserve animalière du haut de son 4x4 en trouvant les animaux mignons - faudrait pas qu'ils viennent dévaliser nos poubelles non plus. Ou quand un citadin découvre au zoo des espèces animales qu'il pourrait facilement observer en liberté à quelques kilomètres de chez lui. Ces grands mammifères si semblables à nous mais si différents derrière les barreaux, ils sont "exotiques", ils sont rigolos. On les "respecte" donc.

Ma comparaison avec le zoo servira la présente démonstration. S'il est une culture que les grands bourgeois ne respectent pas, c'est bien la culture "de gauche". Par "gauche", vous le savez, je n'entends pas le social-libéralisme à la sauce hollandaise, mais le marxisme, ou, en d'autres termes moins négativement connotés, la culture marxienne. Les bourgeois si tolérants et cultivés respectent les "marxiens" comme ils respecteront demain les martiens, et comme ils respectaient hier les nègres. La tolérance bourgeoise envers les cultures, les formes de pensée et de vie différentes n'a rien à voir avec l'humanisme ou l'égalitarisme : cette tolérance relève en vérité du mépris amusé. On voit cette "tolérance" à l'oeuvre tous les jours dans les journaux. On la subit aussi sur le terrain.

Je me trouve actuellement en Espagne, et plus précisément dans la banlieue bourgeoise de Valencia. Je ne nommerai pas la ville car je respecte viscéralement, moi, les gens dont je parle. La tolérance n'est pas pour moi une mode que l'on pratique en fonction des saisons, mais un pilier de la République universelle.

Il se trouve que j'ai eu affaire à "des gens" qui "respectent" la gauche. "Rrrradical left !" les entendis-je s'exclamer à l'évocation du nom de Mélenchon, avec un sourire entendu. Plus tard, ils m'entraînèrent sournoisement dans ce que l'on appelle un "ghetto pour riches" - sans me prévenir et sans se douter que cela pourrait profondément me heurter.

Vous avez probablement déjà entendu parler de ces "ghettos pour riches", qui en vérité constituent purement et simplement le monde d'aujourd'hui : c'est le reste de la Terre qui est un ghetto. De grands bourgeois de tous horizons (oligarchie russe, noblesse britannique, mafia de tous continents...) plantent leur bannière sur un territoire donné ; ils encadrent ce territoire de barbelés, mettent des barrières et des vigiles armés à l'entrée, construisent leurs manoirs et leurs écoles privées (des sectes, tout bonnement) à l'intérieur. Les médias se plaisent à appeler cela des "ghettos pour riches", mais non ! Ont-ils déjà vu un ghetto ? Connaissent-ils les campements de Roms au bord du périphérique, les bidonvilles encadrant n'importe quelle grande cité du monde, les banlieues à l'abandon où l'on meurt en n'ayant connu que la misère ?

La notion farfelue de "ghettos pour riches" trahit la misère intellectuelle et l'obscénité de la bourgeoisie : de mon point de vue, ce sont ces villes interdites réservées aux riches qui ceignent le monde de leurs barbelés. Le ghetto véritable, c'est nous qui sommes dedans. Le "ghetto pour riches" renverse la situation générale et dissimule le totalitarisme bourgeois à l'oeuvre.

Ces gens qui "respectent" la rrrradical-left (avec plusieurs "r" pour faire trembler dans les chaumières, comme on dit les arrrrabes ou les rrrroms) et qui trouvent le marrrrrxisme tellement exotique n'ont donc pas songé qu'il était de mauvais goût d'entraîner une personne de sensibilité communiste (huhuhu !) au coeur d'un tel temple de luxe. Ils n'ont pas perçu que je pouvais avoir la lutte des classes chevillée au corps ; que celle-ci me construit et m'accompagne depuis l'âge le plus tendre (comme disait Trotsky dans son autobiographie, il n'y a que les bourgeois qui considèrent que l'enfance est l'âge le plus tendre de la vie), que l'on se moquait de ma mère femme de ménage quand j'étais gamin et que l'on me demandait parfois, au collège, pourquoi j'étais habillé "en pyjama".

J'ai vu des gamins de seize ans vêtus comme des banquiers ; j'ai entendu parler de militaires hauts-gradés qui doivent changer de "ghetto" tous les deux ans manifestement par crainte de représailles, et de descendants du Tsar de Russie qui envoient leurs mômes dans ces camps surprotégés par crainte de kidnappings - c'est pas comme si tous ces ennemis du peuple avaient quelque chose à se reprocher, hein !

Et l'on a jugé normal de m'emmener là-dedans. On a pensé que je serais aussi "tolérant" qu'eux. Eh bien non. Vous appelez ces endroits "ghettos pour riches" uniquement pour masquer l'immense et terriblement ordinaire banlieue fauchée qu'est devenu ce bas monde.

Aujourd'hui, combien de pauvres, assommés par la propagande, rallient ces salauds et branchent leur habitation à des systèmes de protection (alarmes, détecteurs de mouvements, voire caméras) alors qu'il n'y a rien à voler chez eux. Des pauvres qui se croient bourgeois et contribuent à ghettoïser le reste de l'univers.

Je ne serai pas "tolérant" comme eux.

Les gardiens du zoo ne méritent aucune tolérance, mais nous saurons nous venger respectueusement - avec une dignité qu'ils ne connaissent pas. Ils nous paraîtront bien bêtes quand nous viendrons leur apprendre ce qu'est le respect.

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Mélenchon dépeint en "Diable rouge" par la presse britannique

Mélenchon dépeint en "Diable rouge" par la presse britannique

Tag(s) : #bourgeoisie, #société, #racisme, #révolution
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